Si votre souffrance devient dangereuse
Cette page et le livre qu’elle présente ne remplacent jamais un médecin, un psychologue, un traitement ni la présence immédiate d’un proche lorsque la situation devient dangereuse, car une grande souffrance intérieure peut avoir des causes physiques, nerveuses, affectives, familiales ou médicales, et elle ne doit jamais être résumée à un manque de courage, à une mauvaise volonté ou à un manque de foi.
Si vous avez peur de vous faire du mal, si vous pensez de manière précise à vous suicider, si vous avez déjà préparé un moyen de mourir ou si vous sentez que vous ne pourrez peut-être pas assurer votre propre sécurité dans les prochaines heures, ne restez pas seul : en France, appelez immédiatement le 3114, numéro national de prévention du suicide accessible gratuitement à toute heure, ou le 15 ou le 112 si le danger est immédiat, puis restez auprès d’une personne capable de demeurer avec vous jusqu’à ce qu’un professionnel puisse prendre le relais.
Lorsque rien ne semble manquer, mais que quelque chose manque pourtant
Il est possible d’avoir une vie qui, vue de l’extérieur, paraît normale, de se lever chaque matin, de travailler, de parler avec les autres, de faire ce que l’on attend de nous, parfois même de rire et de connaître encore quelques moments agréables, tout en portant intérieurement une question que l’on n’arrive plus à faire taire : pourquoi continuer tout cela, vers quoi est-ce que je vais, et qu’est-ce qui pourrait donner à ma vie une raison suffisamment grande pour que je désire encore avancer ?
Le vide intérieur n’apparaît pas nécessairement lorsqu’une vie est extérieurement vide, car il peut commencer précisément lorsque l’on possède déjà beaucoup de choses que l’on pensait autrefois capables de nous rendre heureux, lorsque le travail existe, que l’on possède ce dont on avait besoin, que l’on rencontre des personnes, que l’on fait des projets et que, malgré tout cela, demeure l’impression étrange que tout ce mouvement ne répond pas réellement à la question qui grandit intérieurement.
Pourquoi ce qui nous rend heureux ne nous suffit-il pas toujours ?
Nous faisons tous l’expérience d’une réalité très simple : ce que nous attendions avec impatience finit souvent par devenir habituel, le plaisir nouveau perd une partie de sa nouveauté, ce que nous avons longtemps désiré entre peu à peu dans notre quotidien et notre désir se déplace alors vers autre chose.
Le problème n’est pas que les plaisirs, les relations, le travail, les voyages ou les réussites seraient mauvais, car toutes ces choses peuvent être profondément bonnes, mais aucune d’elles ne semble pouvoir porter à elle seule le poids immense que nous lui imposons lorsque nous lui demandons de donner définitivement un sens à notre existence.
Nous ne voulons pas seulement être aimés pendant quelques jours, mais être connus profondément sans être abandonnés ; nous ne voulons pas seulement connaître quelques instants de tranquillité, mais une paix qui ne soit pas continuellement menacée ; nous ne voulons pas seulement accumuler des réponses particulières, mais comprendre ce qui peut donner une unité à notre vie entière.
Votre valeur ne dépend pas de votre réussite
Lorsque l’on ne parvient plus à travailler comme auparavant, lorsque l’on traverse une dépression, lorsque l’on échoue, lorsque l’on perd son emploi, lorsque l’on est quitté ou lorsque notre corps et notre esprit ne répondent plus comme nous le voudrions, il devient très facile de confondre ce que nous arrivons à faire avec ce que nous valons.
Pourtant, si la valeur d’une personne dépendait réellement de son efficacité, de son intelligence, de sa beauté, de son argent ou de sa réussite, il faudrait accepter qu’un malade, un enfant, une personne handicapée ou une personne âgée possède moins de valeur qu’une personne jeune, productive et admirée, conclusion que quelque chose en nous refuse profondément.
Peut-être ne cherchez-vous pas seulement à vous sentir mieux
Il existe une différence entre chercher quelques heures de soulagement et chercher une raison de vivre, car lorsque l’on souffre, on souhaite naturellement que la douleur diminue, et ce désir est légitime, mais il peut arriver que derrière cette souffrance demeure une question encore plus profonde : même si je me sentais mieux demain matin, vers quoi voudrais-je conduire ma vie, qu’est-ce qui mériterait réellement d’être aimé, servi ou recherché, et qu’est-ce qui pourrait garder sa valeur lorsque beaucoup de choses qui comptent aujourd’hui auront disparu ?
Certaines personnes peuvent supporter des efforts considérables lorsqu’elles savent pour qui ou pour quoi elles les accomplissent, tandis qu’une vie remplie de plaisirs peut paraître insupportablement vide lorsqu’elle ne semble conduire nulle part, ce qui suggère que l’être humain n’a peut-être pas seulement besoin de plaisir, mais d’une direction et d’un bien qu’il juge suffisamment grand pour lui donner sa vie.
Et si ce vide était aussi une question ?
Il serait faux de prétendre que toute dépression vient d’un manque de sens, car une dépression peut avoir de nombreuses causes et demander des soins véritables, mais il existe cependant une souffrance particulière qui apparaît lorsque l’homme ne sait plus pourquoi il vit, vers quoi il marche et quel bien pourrait être assez grand pour donner une direction à son existence.
Et si, dans certains cas, ce vide n’était pas seulement quelque chose qu’il faudrait remplir le plus rapidement possible, mais également une question qu’il faudrait écouter ? Pourquoi sommes-nous capables de désirer quelque chose qui dure lorsque tout ce que nous possédons finit par passer, pourquoi cherchons-nous une vérité qui ne change pas selon notre humeur, pourquoi une injustice nous révolte-t-elle si profondément, pourquoi désirons-nous être aimés d’un amour qui ne nous abandonne pas, et pourquoi la mort elle-même nous apparaît-elle comme une rupture contre laquelle quelque chose en nous proteste ?
Ces questions ne prouvent encore rien à elles seules, mais elles méritent peut-être d’être suivies jusqu’au bout.
Un chemin à parcourir, même si vous ne croyez pas
Pourquoi vivre ? — Du vide existentiel à l’Amour qui ne passe pas a été écrit précisément pour suivre ce chemin sans demander au lecteur de commencer par une profession de foi, puisqu’il commence avec ce que chacun peut observer dans sa propre existence : le vide, le désir, la recherche du plaisir, la réussite, la comparaison, les relations, la solitude, le travail, la peur de l’avenir et la recherche d’une raison de continuer.
Ce n’est que progressivement que les sources de cette manière de comprendre l’homme apparaissent, jusqu’à la question de la vérité, de l’amour et de ce qui pourrait finalement donner à l’existence humaine une direction que le temps et la mort ne puissent pas simplement rendre absurde.
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